Chaud Froid

Une bonne fiction donne parfois un bien meilleur éclairage sur la réalité qu'une longue explication...

21 novembre 2007

Dialogue et didascalies (2)

1Dialogue et didascalies (2)

Le prêtre dit :
« Il faut vous préparer. J’essayerai de rester le plus longtemps possible avec vous. Mais c’est seul… »

Le prêtre cherche les mots.

L’homme répond.
« Seul je sais et j’ai peur. Je ressens ça au creux du ventre. Je peux pas croire à tout ça . Aidez-moi s’il vous plait. Je vais me réveiller ».

Le prêtre dit.
« Le véritable réveil est au-delà des frontières de nos existences et il faut espérer. Placer votre espérance par-delà nos propres vies, si courtes…».

Le prêtre prend la main de l’homme et il pleure doucement.
L’homme pose sa main sur l’épaule du prêtre.

Il dit.
« J’entends vos paroles mais c’est surtout votre présence qui m’aide. Tout à l’heure ils viendront me chercher et ce sera le long couloir. J’ai peur de me pisser dessus . J’ai peur de perdre ma conscience. J’ai peur des aiguilles qui vont s’enfoncer dans mes veines ».

L’homme aspire l’air comme pour un soupir.

Avant de perdre le souffle une dernière fois.

Le temps passe.

L’homme s’ennuie presque.

L’attente.

Le supplice.

On entend le pas lent et rythmé d’hommes dans le couloir.
L’homme mentalement essaye de savoir combien ils sont.
Les clefs tournent dans la serrure de la porte de la cellule et au loin on entend les coups répétés du marteau sur le battant de la cloche.

Le gardien dit.
« Tous les recours ont été épuisés, il faut vous préparer».

Sa voix est neutre sans timbre.
L’homme s’efface maintenant derrière les automatismes du gardien.
L’avocat se penche vers l’homme et lui parle doucement à l’oreille.

L’homme fait oui de la tête.

Il a la bouche sèche.

Un homme en blouse blanche et aux immenses lunettes qui cachent ses yeux approche et pose dans la main de l’homme deux cachets blancs et lui tend un verre d’eau.

L’homme avale avec difficulté les deux cachets l’un après l’autre.

Ses yeux cherchent le regard de ceux qui l’entourent.

Le gardien évite son regard.

Le prêtre tient toujours la main de l’homme.

L’avocat offre son regard à l’homme et retient ses larmes. Il sourit pour apaiser.

Les autres personnes s’affairent et tout s’enchaîne…

…étendu sur la table l’homme sombre déjà presque dans le sommeil que lui apporte les cachets avalés.

Le gardien attache avec lenteur, jambes, bras et évite toujours le regard de l’homme qui regarde en arrière trois seringues enfermées dans une armoire vitrée.

Son cœur s’emballe.

L’homme en blanc s’approche.

Il plante une aiguille dans l’homme du bras qui grimace doucement à cause de la douleur. Son cœur lui résonne dans la tête.

L’homme tourne la tête vers le prêtre de l’autre côté de la vitre qui isole l’homme de ceux qui sont venus le voir mourir.

Dans une autre pièce, un homme attend à côté d’un téléphone.

Qui sonne.

L’homme sur la table entend la sonnerie et l’engourdissement qui l'écrase se dissipe.

L’homme au téléphone raccroche et fait signe non de la tête.

L’horloge au mur blanc de la pièce marque une heure.

Le prêtre fait signe non de la tête aux yeux de l’homme à l’aiguille plantée dans le bras.

L’homme s'accroche au regard du prêtre et se dit que s’il divise par deux à chaque fois le temps qui lui reste à vivre il ne mourra jamais.

Un bruit sec de déclenchement mécanique.

Le premier piston de la première seringue pousse le liquide dans les veines de l’homme.


Posté par francislechat à 20:30 - Conscience - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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